Méthode

D'où viennent les données ?

Tout part de sources publiques et vérifiables. L'étude repose sur 123 fichiers de données ouvertes (125 entrées d'inventaire, dont 2 fichiers techniques), chacun archivé avec sa date de téléchargement et son empreinte numérique de contrôle (une signature qui garantit que le fichier n'a pas été altéré). Les trois grandes familles :

  • Les résultats électoraux officiels du ministère de l'Intérieur, au grain le plus fin qui existe : le bureau de vote. L'étude en couvre 70 718, sur les sept tours de scrutin de la période — présidentielle 2022 (deux tours), législatives 2022 (deux tours), européennes 2024, législatives 2024 (deux tours).
  • Le portrait social des territoires dressé par l'INSEE : âge, diplômes, professions, revenus, logement, densité.
  • Les enquêtes d'opinion publiées (CEVIPOF, instituts de sondage), utilisées pour recouper nos estimations.

Pour relier vote et territoire, chaque bureau de vote a été rattaché à son quartier statistique INSEE : ce rattachement fin couvre environ 94 % du corps électoral, le reste étant traité à l'échelle de la commune ou mis de côté (Français de l'étranger) — et chaque analyse le précise.

Comment estime-t-on les reports de voix ?

Voici le cœur de la méthode, en mots simples. On ne sait pas ce que chaque électeur a voté — le vote est secret. Mais en comparant des dizaines de milliers de bureaux de vote entre les deux tours, on peut estimer les transferts les plus probables : si le candidat d'Ensemble progresse d'autant plus au second tour que la gauche était forte au premier, un report massif est l'explication la plus cohérente avec les données. Les statisticiens appellent ce raisonnement l'inférence écologique.

Concrètement, l'étude utilise comme référence une version prudente de cette technique, la régression de Goodman contrainte : « contrainte » signifie que les estimations sont forcées de rester vraisemblables (pas de report négatif, pas de total au-delà de 100 %). Pour mesurer l'incertitude, chaque calcul est répété 150 fois sur des échantillons de bureaux tirés au sort — une technique dite de bootstrap — ce qui produit la fourchette affichée à côté de chaque estimation. Enfin, une seconde méthode indépendante (la méthode de King, via la bibliothèque PyEI) a été appliquée en contrôle : elle retrouve les mêmes ordres de grandeur.

Dernier garde-fou : le recoupement avec le réel déclaré. Nos estimations sont confrontées aux enquêtes du jour du vote, et l'écart est publié tel quel, sans choisir un camp — il peut atteindre une vingtaine de points selon la source, ce qui est précisément l'incertitude que nous voulons montrer.

Qu'est-ce qu'on estime, et qu'est-ce qu'on mesure ?

Le site distingue toujours trois registres :

Les données

Ce qui est directement compté (résultats officiels, participation, sièges). Exemple : le RN a obtenu 143 sièges.

Les estimations

Ce qui est calculé avec une fourchette (reports de voix, scénarios contrefactuels). Exemple : le report gauche → Ensemble, estimé à environ 86 voix sur 100.

Les interprétations

La lecture que nous en proposons, toujours signalée, jamais plus forte que les chiffres.

Les limites, sans détour

À lire avant

Aucun chiffre individuel

Toutes les estimations décrivent des flux entre totaux de bureaux : jamais des personnes. Les enquêtes individuelles détaillées sur le choix de vote ne sont pas en accès libre : l'étude le documente au lieu de le masquer.

À lire avant

Le chiffre exact des reports reste incertain

Selon la source (nos calculs, sortie des urnes, panel), un même report varie d'une vingtaine de points. Le sens est robuste, la valeur précise non.

À lire avant

Les scénarios « et si » sont des bornes, non des prédictions

Les ~150 sièges attribués à l'effet du front républicain sont un plafond, construit sur une hypothèse volontairement extrême.

À lire avant

Pas de statistiques ethniques ni religieuses

La loi l'interdit, l'étude s'y conforme et n'utilise que les catégories légales du recensement, comme caractéristiques des territoires.

Pour les experts

L'intégralité de la méthode — modèles, diagnostics, tables complètes, traçabilité de chaque chiffre vers son calcul — est publiée dans le dépôt de données de l'étude, qui rassemble aussi le registre complet des sources et leurs empreintes numériques de contrôle.