← Tous les billets

Blog ·

Pourquoi les projections ont-elles autant surestimé les sièges du RN ?

Dans la semaine précédant le second tour 2024, les instituts donnaient au RN entre 190 et 275 sièges. Le parti en a obtenu 143. L'écart ne vient pas d'un sondage raté au premier tour : il vient d'un scénario de second tour mal calibré.

Le premier tour n'est pas en cause

Première surprise : au premier tour, les sondages n'ont pas sous-estimé le RN. Ils l'ont même légèrement surestimé, de +3,3 points par rapport au résultat réel (37,7 % annoncés contre 34,37 % obtenus). Les autres blocs ont plutôt été sous-estimés : le centre de −1,4 point, la droite de −2,1 points, la gauche de −0,6 point. Cette surestimation du RN au premier tour contredit l'idée d'un « vote caché » massivement sous-mesuré par les instituts.

L'erreur se loge dans le scénario du second tour

C'est la conversion des intentions en sièges qui a dérapé. Les projections pré-électorales situaient le RN entre 190 et 275 sièges — la première vague publiée par Elabe, le 30 juin, allait même jusqu'à environ +132 sièges au-dessus du résultat final, la plus forte surestimation de la période. Une fois les urnes dépouillées, le RN n'en obtient que 143 : un écart de +47 à +132 sièges selon l'institut et la date de publication. Nos calculs montrent qu'il suffisait d'un basculement anti-RN de l'ordre de 6 points dans le modèle de report du second tour pour faire passer la projection de près de 255 sièges à 143. C'est bien l'ampleur du barrage, et non le score du RN au premier tour, qui a été sous-estimée.

Graphique en deux parties : à gauche, l'écart entre intentions de vote et résultat réel au premier tour par famille politique ; à droite, la sensibilité des sièges RN projetés au modèle de report du second tour.
À gauche : écart entre intentions de vote et résultat réel du premier tour, par famille politique — le RN est plutôt surestimé. À droite : quelques points de report vers le RN suffisent à faire franchir aux projections la bande des 190 à 275 sièges, puis la majorité absolue.

Un même biais chez plusieurs instituts

Ce n'est pas l'erreur d'un seul institut isolé : plusieurs ont convergé vers une surestimation comparable des sièges du RN. Un tel alignement suggère une cause méthodologique partagée — des panels en ligne et des méthodes de redressement proches d'un institut à l'autre — plutôt qu'une série d'erreurs indépendantes qui se seraient annulées entre elles. Le scrutin majoritaire à deux tours amplifie ensuite mécaniquement les écarts de voix en écarts de sièges : il aggrave l'erreur, il ne la crée pas.

Prudence sur les chiffres

Ces chiffres comparent des projections publiées à un résultat déjà connu : c'est un diagnostic après coup, qui n'a pas vocation à prédire le prochain scrutin. Ce que 2024 montre surtout, c'est la sensibilité extrême du nombre de sièges à de petites variations du modèle de report.

Pour aller plus loin

Comparez les scores projetés et les scores réels, tour après tour. Remonter le temps →